« C'est toi ou moi, l'un de nous est de trop! »

''Dégage'', de Bryan Adams.
 

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 Pardon |OS|

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Cassey G. Banks
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MessageSujet: Pardon |OS|   Sam 28 Mar - 21:27



Pardon
éclosion de Ren

Un an aujourd’hui.
Une véritable claque en pleine figure.
Je suffoque.
Peu importe où je pose les yeux, elle m’observe dans un silence implacable.
Dans un silence de mort.
Je dois me soustraire à son regard.
Je ne n’en peux plus.

Ses pas se calquent aux miens. Aucun bruit contre les dalles du trottoir de cette rue solitaire. Pourquoi fait-il si froid? Je me presse, jetant sans cesse des regards au-dessus de mon épaule, me butant à ses traits impassibles, poursuivie. Condamnée. Encore et toujours. Elle ne me laissera jamais tranquille. Vers qui me tourner? La solitude se referme autour de moi comme un étau glacé. Le souffle me manque, je le cherche désespérément. Il semble s’être envolé avec la chaleur de cette ville que je connais pourtant par cœur. Ma progression isolée m’a menée entre de longs édifices rectilignes, autant de formes sombres qui s’imposent à moi, petit être insignifiant à la douleur démesurée. Comment pourraient-ils comprendre? Les pauvres problèmes d’un énième humain passant sous leur surveillance imperturbable, ont-ils vraiment le temps de s’en soucier? Dans l’ombre qu’ils projettent, je tâche de semer le spectre infatigable qui m’a tiré du sommeil dans un soubresaut douloureux. Ai-je simplement dormi? En sachant qu’aujourd’hui… qu’aujourd’hui... Oh, la ville peut bien se moquer de mon insignifiance. La douleur, elle, persiste. Aussi réelle, aussi poignante, que si on avait mis du verre brisé dans ma poitrine. Encore, la forme diaphane qui me poursuit raccourcit la distance qui nous sépare.

«Laisse-moi tranquille. Va-t’en.»

Aucune réaction. Elle progresse toujours, au même rythme que le mien, comme un sombre présage. Qu’attend-elle de moi? Que j’affronte sa tombe à nouveau? Que je me tasse contre la pierre froide en la suppliant de revenir comme je l’ai fait tous les jours pendant deux mois entiers? Que je me terre encore plus dans ma peine de la voir partie, de m’avoir laissé derrière elle. Abandonnée. Combien j’aurais aimé la suivre. J’aurais dû me trouver à ses côtés. Mourir en la défendant elle. Je serre les dents. Je dois trouver refuge, je dois me séparer d’elle. Où est passé l’astre du jour? L’aube viendra-t-elle comme une rédemption? À force de presser mes pas contre la chaussée grise et indifférente, je m’essouffle, transie de peur, de colère. Je m’effondre contre les grandes marches d’un édifice âgé coincé entre deux grandes tours. Je m’y tasse, incapable de bouger, secouée de soubresauts. Si je ferme les yeux, elle ne disparaît pas pour autant. Non loin, je le sens, elle continue son sinistre examen dans l’attente. Attente de quoi? Ne doit-il pas y avoir une fin?

«Mon enfant?»

Combien de temps s’est-il écoulé depuis ma chute?
Je m’éveille à cette voix qui m’entoure comme une tendre caresse. Je n’ai pas la force de l’affronter. Qui sait ce qu’elle me cherche? Des mains se posent contre mon corps immobile. Chaudes et sincères. Elle sent l’encens. Elle sent la bonté et la sagesse. Alors que je me redresse enfin, je me bute à ses yeux immenses, d’un gris chaleureux, dansant. Son visage n’est que sourire.

«Venez par ici. La maison d’Arceus est la vôtre. Je vous en prie, ne restez pas ici.»

J’hoche la tête. Saisis la main qu’elle me tend. Je m’arrache aux marches froides du bâtiment pour y faire face. Alors le souffle me manque encore une fois. Vieux de plus d’un siècle, elle se dresse dans un silence différent des autres édifices de la ville. En ces hauts vitraux brille une lueur, celle de l’espoir, de la tendresse, de l’oubli et du pardon. Avec une docilité qui frise l’humilité, j’accepte de suivre la petite silhouette drapée de la prêtresse jusqu’aux grandes portes de son église qui m’accueille comme un membre de la famille. Sitôt elle les a refermé derrière nous qu’une sorte de paix résignée s’empare de moi. Protection fragile se dressant contre les maux qui m’affligent. Fragile, oui, comme cet être qui s’avance entre les rangées bien alignées de sobres bancs de bois qui vont face, au fond de l’église, à une estrade où est juchée l’autel d’un blanc immaculé. Vulnérable entre ces colonnes austères soutenant un plafond aux arcanes joliment décorées. L’endroit est plongé dans une pénombre troublée par la lueur des lampions odorants. Alors que je m’avance dans la longue allée, suivant les pas de la prêtresse, je me pivote, scrutant les ténèbres derrière moi à la recherche du spectre qui me poursuivait un instant plus tôt. Avec soulagement, je constate qu’elle s’est dissipée dans les ombres. Avec un peu plus de conviction, je rejoins la dame qui paraît sans âge. Elle m’invite dans les marches menant à l’estrade et je m’y pose en baissant les yeux. Les prunelles grises de la dame m’entourent à présent alors qu’elle prend place à mes côtés.

«Je suis la Mère Isolde. Quel est votre nom?»

Sa voix a la consistance du beurre. Chacun de ses mots se détache dans le silence de l’église, envahit le haut plafond de mille échos doucereux.

«Cassey.»

Je n’ai jamais vraiment apprécié mes visites à l’église, même que j’ai cessé il y a un moment de me poser des questions au sujet du sens de l’existence ou de notre création. Je me contente de vivre au jour le jour, à la dérive. Petit bateau faisant son chemin dans un monde d’interrogations sans réponses. Je n’ai pas besoin de savoir. Mon père a insisté pour que je connaisse toutes les prières au Créateur, que je l’accompagne tous les dimanches entre les murs d’une église semblable à celle-ci. Je devais alors rester assise pendant plus d’une heure en écoutant une vieille dame débiter cette longue cérémonie de la messe. Impossible pour une enfant agitée comme je pouvais l’être. L’adulte que je suis a bien changé.

«Dites-moi ce qui vous afflige, mon enfant. Arceus notre Seigneur vous écoute à travers moi.»

«Ouais ben votre Seigneur je l’em…»


Merde. Je ne peux pas vraiment dire ceci au cœur de l’église, devant la prêtresse. Je secoue la tête.

«Je suis désolée, Mère Isolde. Je ne voulais pas vous manquer de respect.»

«Ce n’est rien mon enfant. Je vous sens en grande colère.»


En grande colère? Là n’est pas le mot. La rage qui me prend au trippes est constante, tous les jours, depuis un an aujourd’hui. J’en veux au monde entier.

«J’en veux tellement à ceux qui me l’ont enlevé, Mère. Lorsqu’on m’a appris qu’elle avait été tuée, j’ai cru que j’étais morte moi aussi. Je ne veux qu’une chose : la venger. J’aurais dû me trouver près d’elle, la protéger, la défendre.»

Mes paroles moururent contre les arcanes du haut plafond. Un silence attentif se fait alors que la prêtresse, en toute délicatesse, prend mes mains et me sourit. Son regard a quelque chose de si bon, si pur. J’aimerais en capturer l’essence et m’en draper pour éviter de laisser les ténèbres m’aspirer dans leur monde froid.

«Vous avez beaucoup souffert mon enfant. Vous avez même peut-être cru que notre Seigneur n’entendait plus vos prières. Peut-être n’avez-vous-même pas prié. Je comprends. Lorsqu’un proche est rappelé, il laisse un vide que rien ne semblerait être en mesure de combler.»

Avez-vous déjà vécu cette douleur? Comme si on vous avait arraché une part de chair au creux de votre poitrine y laissant une ouverture béante que rien ne saurait cicatriser? Une douleur telle qu’elle contracte vos poumons? Au-delà de ce mal physique vient la pensée que rien au monde ne saura l’atténuer, qu’il ne faudrait que l’autre personne, la personne aimée, pour vous guérir. Sauf que lorsque vous l’appelez toute la nuit lorsque le sommeil vous fuit, lorsque la douleur se fait trop intense, et qu’elle ne répond pas à l’appel, vous savez alors qu’il ne subsiste plus aucun espoir pour vous. Que vous êtes condamné à la souffrance.

«Mais ce n’est pas vrai. Il existe une voie vers la guérison, mon enfant, aussi difficile soit-elle à entendre.»

Je relève la tête vers elle, pendue à ses lèvres. Existe-t-il vraiment une façon d’apaiser le mal qui m’afflige? Le regard baigné de larmes, j’attends qu’elle poursuivre, la suppliant presque du regard.

«L’amour et le pardon. Vous devez pardonner à ceux qui vous ont fait du mal, mademoiselle Cassey. Et à vous aussi. Vous devez pardonner à l’être aimé d’être parti loin de vous.»

Une tornade d’émotions se déferle en moi. Pardonner? Comment? Je vis tellement de colère qu’elle me crispe dans une tension désarticulée. Je n’ai qu’à m’imposer le souvenir de mon amie pour me sentir envahie par la culpabilité et le sentiment d’abandon. Pour avoir envie de tuer.

«Impossible. Je ne peux pas faire ce que vous demandez.»

«Je ne vous demande rien, mon enfant. Votre rédemption vous appartient. Mais si je puis vous aider, alors je le ferai. Le pardon semble impossible pour le moment, je comprends bien. Le chemin du pardon est long et difficile. Mais à la suite de ce périple, vous vous sentirez libre, libre de vos démons.»


Je pleure pour de bon à présent. Quelques larmes silencieuses croulent contre mes joues. Est-ce possible de pardonner? Je me sens tellement impuissante. Jusqu’à maintenant, je n’avais jamais considéré d’avenue possible autre que la vengeance. Je secoue la tête, confuse à l’apparition de cette nouvelle avenue que me propose la prêtresse.

«Je ne sais pas comment.»

«Vous trouverez en vous la réponse à vos questions, mon enfant.»

«Je…»


Je m’interromps en tirant mon sac jusqu’à moi. Le pauvre a été malmené dans ma chute. Peut-être l’œuf s’est-il brisé. Voilà ce que ma douleur provoque. Elle a éloigné mon père, m’a isolée, m’a rendue terne et triste malgré les apparences. Je suis fatiguée de détester. Je tâtonne dans mon sac, à la recherche de l’œuf. La panique s’installe progressivement en moi lorsque je réalise qu’il ne s’y trouve plus. Je relève la tête vers la prêtresse, affolée, quand elle lève sous mes yeux une petite boule de poils.

«Vous chercher ce petit, peut-être? Je l’ai trouvé à vos côtés lorsque je vous ai découvert contre les marches de l’église. Il a dû naître peu de temps après votre chute.»

Je le cueille dans mes bras. Il tremble, lui aussi, se blottissant contre moi, transi de froid. Il est probablement un peu prématuré, mais paraît en bonne santé. Je relève la tête vers Mère Isolde, il s’adresse à moi une fois de plus.

«Mademoiselle Cassey, cet petit être est ici pour vous rappeler la voie. Evoli est le Pokémon aux multiples évolutions, aux multiples facettes. Plusieurs choix s’imposent à vous et il est de votre devoir de choisir celui qui est le vôtre. Ne laissez pas votre colère vous empêcher de progresser. Le pardon est difficile à accorder, il vous prendra probablement des années. Libérez-vous du mal qui pèse.»

Je reste longuement à la scruter, gardant l’Evoli contre ma poitrine. Je prends ses mains dans les miennes, comme pour y puiser une force plus grande que moi. Comme si je tenais entre mes doigts frémissant la foi qui habite cette femme. Combien il est facile de vivre en croyant. Pourrais-je croire moi aussi?

«Je… je veux bien essayer.»

Avec un sourire, je caresse la tête du petit Evoli qui me mordille le doigt de toutes ses maigres forces. Il aura probablement faim. Il est si petit, si frêle. Il entre à peine dans ce monde et moi, j’y suis pour l’y guider. Où est-ce le contraire? Un éclat soudain me fait relever le regard. Du grand vitrail de l’église s’élève les premières lueurs du jour qui se déversent tel un torrent de flammes au cœur de l’édifice. Un nouveau jour se lève. Le premier d’une nouvelle existence? En moi résonne toujours la douleur de son départ. Les larmes affluent en plus grand nombre, comme libérées du joug que je lui avais imposées.

Un an depuis le départ d’Aimee.
Le monde n’aura plus jamais la même couleur sans elle.
Plus jamais la même saveur.
Plus jamais je ne serai la même.
Mais aujourd’hui se dresse sous mes yeux un nouveau chemin.
Celui du pardon.

(c)Golden
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