« C'est toi ou moi, l'un de nous est de trop! »

''Dégage'', de Bryan Adams.
 

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 Here i go again [OS]

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Clive G. Donovan
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MessageSujet: Here i go again [OS]   Lun 31 Oct - 18:32



Here i go again

Évolution de Clio

Au bout d'un moment, il fallait bien qu'il s'arrête. Il ne pouvait pas marcher éternellement dans la forêt en espérant que le temps finirait par s'arrêter au bout d'un moment ; si les choses étaient si simples, ça se saurait. Néanmoins, plus il pensait au moment où il faudrait se stopper et réfléchir, et plus le nœud dans son estomac se mettait à grandir, à tel point qu'il finissait alors inévitablement par presser le pas. C'en devenait tout à fait ridicule, et il était au courant. Il aurait aimé avoir eu le cran de mettre fin à cette stupidité manifeste, mais il n'en avait pas le courage. Heureusement pour lui, ou peut-être pas en fait, il se sentit trébucher sur quelque chose, ce qui freina sa course en le faisant s'étaler lamentablement au sol. L'ancien officier tenta de se relever, mais ce fut inutile : peu importe à quel point il voulait mettre ses pieds sur le sol, ceux-ci étaient comme cloués. Ou du moins, fermement maintenus vers le bas, et le hérisson constata avec surprise que des lianes puissantes le retenaient. Alarmé, il s'agita vivement pour se défaire, ses yeux s'écarquillant de plus en plus au fur et à mesure que la pression se faisait plus forte, alors que sa respiration s'accélérait de plus en plus. Après tout ce qui s'était passé, l'idée même d'être retenu et maintenu le terrifiait. Il ne faisait même plus attention à ce qu'il faisait, se débattant presque avec l'air, si bien qu'il entendit à peine la voix calme et contrôlée, quoique teintée d'une trace discrète d'inquiétude.

« Clive, calme-toi. Je ne vais pas te faire mal, je veux juste que tu arrêtes de bouger : tu fonçais vers le ravin, là. »

Néanmoins, la présence seule de son ami ne suffisait pas à le sortir de son état d'anxiété. Il sentit alors une main se poser sur son épaule droite et le pousser doucement à se relever, sans trop de pression mais avec une certaine fermeté tout de même. Les jambes flagellantes, l'ancien militaire ne parvint à tenir debout que grâce à l'appui du plus jeune, qui poussa un grognement exaspéré.

« Quand c'est moi qui ait le plus de force physique, c'est que ça part vraiment en... Comment vous dites déjà, en français ? »

Clive ne lui répondit pas, toutefois. Visiblement, il n'était pas d'humeur à éclairer la lanterne de son interlocuteur sur les joies des expressions. Ils prirent une ou deux minutes pour s'approcher d'un coin un peu plus clairsemé que le chemin où ils se trouvaient, jusqu'à ce que l'éleveur ne le pose doucement sur ce qui semblait être un tronc couché sur le sol. Il n'était pas sûr, encore, au vu de sa vision troublée. Quelques couinements secs attirèrent son attention et il essaya d'en retrouver la source, sans succès au départ. Toutefois, des taches de couleur jaunâtres et violettes sur les bords finirent par prendre de forme, de telle sorte qu'il en reconnut l'origine au bout d'une petite minute. Perplexe, le hérisson  parla d'une voix hésitante et dénuée d'assurance.

« Clio... ?
- Dis-lui merci, c'est elle qui m'a averti que quelque chose clochait. Visiblement, elle avait raison.»


Maintenant qu'il distinguait de plus en plus tout ce qui se trouvait autour de lui, il s’apercevait enfin que la forme verte à côté de l'asiatique était en réalité son Majespic, qui était sûrement à la source des lianes de tout à l'heure. Le regard rouge du serpent, aussi inflexible qu'illisible, allait entre Clive et les alentours, comme si il se méfiait de ce qui les entourait. Au vu du regard que lui offrit son dresseur et du fait qu'il disparut automatiquement dans les herbes, le brun en conclut qu'il lui avait demandé de surveiller les alentours. Hypothèse qu'il n'irait pas demander au plus jeune de confirmer, vu qu'il n'eut pas le temps de réfléchir davantage. En effet, quelque chose venait de percuter sa joue avec une telle vivacité qu'il en poussa un cri de douleur indigné, au vu de la sensation de brûlure persistante. Clive grimaça, mais jeta un regard d'incompréhension à la Kungfouine responsable de ce coup.

« Je crois que ça veut dire qu'elle s'est inquiétée.
-Merci, sherlock, j'avais besoin de cette intervention. »


L'ancien officier ravala sa salive en massant sa joue endolorie. Clio poussa des grognements exaspérés, le regard plein d'un vif sentiment d'animosité que le compétiteur pouvait comprendre, mais tout de même. Finalement, après plusieurs instants d'hésitation, la Kungfouine finit par se poser sur les genoux de son dresseur, l'air impérieuse. Clive n'osa pas dire quoi que ce soit, et Natsume se posa tranquillement à côté de lui, l'air assez indifférent à ce qui se passait. Le calme revenait peu à peu, lentement, sans que l'un d'entre eux n'ose faire un seul geste. Le regard plutôt désabusé du compétiteur s'était fixé sur la Kungfouine qu'il cajolait dans ses mains, sans qu'il ne paraisse véritablement la remarquer. Néanmoins, au bout de quelques minutes d'un long silence pesant, presque étouffant au vu de sa lourdeur, le plus âgé prit la parole d'une voix hésitante.

« Je peux pas le faire. »

Les yeux fixés sur le sol, il ne remarqua pas le fait que l'autre s'était un tout petit peu tourné vers lui, sans rien dire.

« Comment est-ce que je pourrais... J'veux dire, tu m'as vu ? J'arrive à peine à me lever les matins, comment est-ce que je pourrais élever un gosse ?! »

Son ton s'était fait plus fort, comme pour appuyer ses propos, tandis qu'il pestait de frustration. Néanmoins, il ne reçut que du silence comme réponse au départ. Natsume poussa alors un très long soupir exaspéré.

« Il est un peu tard pour réaliser, tu sais. Ce n'est pas maintenant que tu l'as engrossé et que tu as décidé que tu allais le garder qu'il faut commencer à réfléchir.
- Ce n'est pas aussi simple.
- Et alors ? C'est les faits, il me semble. »


Peu importe à quel point il levait les yeux au ciel face au ton tranchant et sans pitié du plus jeune, l'ancien officier ne pouvait néanmoins pas nier qu'il avait raison. Cela ne rendait pas la réalité facile à accepter, au contraire, et il détourna le regard, incapable de fixer celui de son interlocuteur. La gorge toujours serrée par l'angoisse et la peur, il serra un peu les poings.

« De toute façon, la vérité reste la même. J'vais jamais m'en sortir, c'est pas possible.
- Ouais, c'est d'ailleurs en se disant exactement ça que tu vas trouver une solution. Je suis persuadé que ça va t’apparaître dans les mains comme par magie à force de chouiner toute la journée. »


Gêné, Clive se recroquevilla un peu sur lui-même, ce que l'asiatique ignora sans honte.

« Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Bien sûr que oui, ta situation est merdique. Et ? Tu vas faire quoi, rester là, te plaindre comme un enfant en espérant que ça fonctionnera ? Chialer et fuir en pensant que ça va marcher et qu'on te foutra la paix si tu envoies tout chier ?! »

Pendant une seconde, le brun avait presque eu l'impression d'entendre un peu de colère dans la voix de son cousin. Cette simple énonciation lui fit l'effet d'un coup au ventre, et quelque chose en lui se rebella de manière tellement subite qu'il ne saisit pas immédiatement ce qui venait de se passer. Indigné, il ne put s'empêcher de lever le ton.

« Mais pourquoi est-ce que moi je ne pourrais pas le faire, hein ?! »

L'explosion était aussi brutale qu'inattendue, si bien que Natsume se tut instantanément, le souffle coupé par la frustration qui émanait de l'aîné.

« Pourquoi est-ce que je dois toujours serrer les dents quand il s'agit de mon compte ? Pourquoi est-ce que je n'ai pas le droit de tout claquer et de laisser tomber ? De vouloir rester dans mon coin, de chialer et de me plaindre si je veux pour une fois ?! »

Il ne sait pas vraiment ce qui lui avait pris. Les mots sortaient sans s'arrêter, sans même qu'il ne s'intéresse à ses interlocuteurs. Une expression inquiète sur son visage, la Kungfouine n'osa même pas le réprimander. La voix de Clive se cassait peu à peu, se faisant tremblante au fur et à mesure de ses propos. Le visage livide et les yeux vides, il grimaça et perdit de plus en plus de sa colère, remplacée par une lassitude amère et dévorante. La sensation lancinante de déchirure dans sa poitrine ne disparaissait pas, au contraire, comme si un feu insidieux terminait d'arracher tout sur son passage.

« Pourquoi je n'ai pas... Pas le droit de lâcher prise, pour une fois, moi aussi ? D'être fatigué d'assumer tout le temps ? »

La tête baissée, il ravala sa salive et se recroquevilla un peu plus. D'un coup d’œil très bref, il lui sembla pourtant voir quelque chose qu'il n'aurait pas vraiment pu jurer avoir observé au vu de la brièveté du moment. Durant une seconde, juste une, il avait cru voir le regard du cadet se voiler et se détourner, et ses lèvres amorcer le mouvement d'une grimace. Mais si le masque avait fêlé, il avait aussitôt repris sa forme, comme si de rien n'était, tellement que Clive ne fit rien remarquer, incertain de sa propre vue. Pour quelle raison aurait-il été touché, hein ? Il devait faire des hallucinations...
Négligemment, l'éleveur poussa un long soupir. Il croisa ses bras sans rien dire au départ, l'air neutre mais le regard distant, comme perdu dans des contemplations qui ne regardaient que lui. Ou peut-être pas finalement, vu qu'il finit par reprendre la parole d'un ton méditatif.

« T'es pas supposé assumer tout le temps. T'as tout à fait le droit de lâcher quand tu estimes que c'est trop, personne n'a le droit de t'en empêcher. »

L'asiatique ferma les yeux et expira lourdement, en serrant par réflexe ses doigts sur son propre bras de manière inconsciente.

« Néanmoins, peu importe à quel point c'est injuste, tu devras forcément supporter les conséquences de tes choix. Tu auras beau fuir et chercher à tout détruire, la réalité n'est pas un insecte que tu peux gifler pour t'en sortir. À toi de voir si tu peux te permettre d'abandonner parce que tu penses ne pas être capable de le faire ou si tu vas serrer les dents un peu plus longtemps. »

Clive chercha dans le visage la moindre trace d'un indice quant à son véritable état d'esprit, mais il n'en tira qu'un calme et un sang-froid qui l'étonnèrent, comme si il énonçait quelque chose dont il était entièrement détaché.

« Tu peux pleurer, si tu veux. Hurler, te mettre en colère, te défouler de toutes les manières, mais même une fois que tu auras fait ça, la vérité restera la même. C'est comme ça. »

Bien évidemment qu'il savait déjà tout ça, mais l'entendre était une autre histoire. Le brun grimaça, mal à l'aise.

« J'te dis pas que tu dois assumer ce gamin. Si tu n'en veux pas, abandonne tout de suite, tu le rendras juste malheureux. Autant toi que lui. »

Durant une seconde, il avait ravalé sa salive. Juste une, pas assez pour que que Clive ne le remarque néanmoins.

« Mais vois les choses en face, ça ne durera pas. Tu voulais tenir, non, la dernière fois ? Quand je t'ai parlé, tu avais l'air bien plus déterminé que maintenant. »

Silence. Le Donovan se serait attendu à ce qu'il continue, mais malheureusement pour lui, il ne fit que le laisser face à sa propre réflexion. Si l'accusation était dure, elle n'en restait pas moins juste, et il ne pouvait pas le nier. Se défendre serait purement hypocrite, bien que cela aurait sauvé au moins une partie de son ego. Le regard lourd, la bouche se fermant et s'ouvrant à plusieurs reprises, il finit par porter sa tête dans ses bras, le ton pesant.

« Je peux pas. Je n'ai rien fait de bon, en huit ans. Je croyais, mais... Non, vraiment pas. Même à ce moment, je savais. Quand Faust a essayé de m'arrêter, j'ai préféré l'ignorer et me dire qu'il avait tort, car il a toujours tort. C'était plus simple, tu sais ? »

Ses doigts se serrent rien qu'un peu contre sa paume. Natsume hausse les yeux vers le ciel obscurci qu'il contemple sans rien dire, l'air tranquille.

« Je pensais que si quelqu'un faisait ce qu'il y avait de plus détestable, si je me salissais les mains pour les autres, pour la 'bonne cause'... Alors peut-être qu'un jour, je n'aurai plus eu à le faire. Enfin, ça, c'était ce que je pensais quand j'avais ton âge, maintenant que j'y pense. Je voulais juste que les jeunes comme toi n'aient jamais à le faire... »

Clive redirigea sa tête vers le cadet, qui paraissait perplexe, et il lui adressa un léger sourire, cassé et amer. Quelque part, l'éleveur avait l'étrange impression qu'il ne le regardait pas vraiment, comme si il pensait à quelqu'un d'autre dont il n'aurait pas pu saisir l'identité. L'impression était désespérément frustrante, pour quelqu'un qui comme lui ne supportait pas de ne pas tout comprendre.

« C'est vrai. Je ne peux pas me comporter comme un enfant et refuser d’accepter la vérité. Mais... »

Il plissa les yeux et joua machinalement avec l'ourlet de sa veste, sans sembler se fixer sur quoi que ce soit.

« Chaque chose que j'ai voulu tenter, j'ai échoué. J'veux dire... Moi, élever un gosse, vraiment ? Tu m'as regardé une seconde ?
- J'suis pas là pour en décider, ni le deviner. Au fond, ça relève de ton choix. En revanche, j'en sais assez pour savoir que tu racontes de la merde, là. Je peux t'assurer que tu ne risques pas d'être le pire des pères. »


Comme indigné, le visage de Clive se crispa. Il fallait croire que cette simple phrase avait suffit à susciter chez lui une réaction bien plus vive, que Natsume n'aurait décemment pas pu prévoir.

« Qu'est-ce que t'en sais, bordel ?! Je... Je tuais des gens, tu veux QUOI de plus comme raison ?! »

Les sourcils froncés et les dents serrées, sa posture avait entièrement changé. Plus agressif et vif, il s'était relevé, défait de sa position plus recroquevillée. Si son regard s'attaque à celui du plus jeune, l'autre ne se confond pas en excuses et ne paraît même pas touché. Évidemment, cela ne fait que densifier la frustration ressentie par l'ancien officier, qui ne parvint pas à se rendre compte de la brusquerie de son comportement. Il ne savait pas si il s'agissait de la colère, ou un mécanisme de défense quelconque, mais les faits étaient qu'il n'avait pas pu s'empêcher de protester.

« Tu veux un exemple parlant ? Tu sais, y'a deux ans ? Bah j'ai kidnappé Samaël, juste parce que j'avais la rage contre Faust et que j'avais envie de me venger. Tu vas me dire que c'est pas grave, ça non plus, ou ça concerne que ce qui ne te regarde pas directement, comme Faust ?! »

Silence. Il aurait pu s'attendre à un regard assassin ou quoi que ce soit, mais non. Pour dire vrai, il n'aurait même pas su décrypter ce qu'il voyait dans les yeux du châtain, qui s'étaient voilés, dissimulant tout ce qu'il pouvait vraiment penser. Au fond, il cherchait simplement à le choquer, à le bouleverser, quoi que ce soit pour se défendre. La réaction qu'il obtint ne fut pas vraiment celle auquel il aurait cru, ou du moins pas totalement. L'éleveur fit des pas rapides vers lui, avant de le saisir par le col, l'air incendiaire, les dents serrées. Le coup partit aussi rapidement que brusquement, de telle sorte que Clive tomba plus loin, une douleur sourde dans la mâchoire qui lui fit même se demander si il ne lui avait pas déboîté.
En tenant difficilement sa tête, il essaya de se relever, sans succès au départ. Clio s'était précipitée vers lui, inquiète, jetant des coups d’œil mauvais au Shimomura malgré la présence de son Majaspic. Celui-ci reprit la parole, la voix et le regard plus tranchants que jamais. Les épaules tendues, le corps droit et les yeux orageux, Natsume n'attendit pas une seconde de plus.

« Rien ne pourra réparer ce que tu as fait. Absolument rien ne pourra l'excuser non plus, c'est indéniable. »

Inflexible, l'asiatique le considère sans la moindre délicatesse. Sous le coup de la sécheresse du ton du plus jeune, l'ancien officier grimaça et détourna le regard, sans pourtant avoir l'envie de répliquer d'une quelconque manière que ce soit. Il se releva peu à peu, un peu difficilement.

« Si tu tiens à sauter d'un pont ou à passer ta vie à être misérable pour tenter de soulager ta conscience, grand bien te fasse, j'suis pas là pour te donner une couverture, une peluche et te dorloter comme une pauvre petite chose. »

Le brun ravala sa salive, mis mal à l'aise par la brutalité des propos de son interlocuteur. C'était, après tout, la première fois qu'il se retrouvait dans une situation pareille depuis des années, et il avait l'impression de ne plus savoir ce qu'il était supposé faire, ou si il pouvait même répliquer quoi que ce soit. Difficile pour lui de nier ce qu'il entendait, au final. C'était là tout le problème.

« Maintenant, soit tu te sabotes toi-même et tu ne fous rien, soit tu essaies de faire quelque chose de constructif. Fais ce que tu veux, mais choisis et assume. Si t'as envie de fuir toute ta vie, arrête de te chercher des putains d'excuses. »

Il semblait étonnamment calme, pour quelqu'un qui crachait une pareille sécheresse impitoyable, ce que Clive n'avait auparavant vu qu'à l'armée. Mais en personne, c'était différent ; et en provenance de quelqu'un qu'il appelait sans difficulté un 'ami', c’était impossible de tenir cette façade de fier soldat intouchable éternellement. Il aurait aimé nier, pourtant.

« Je sais ce que tu faisais. Qu'est-ce que tu crois, que je ne me doute pas un instant de ce que font ceux que je connais ? Que je les pense tous blancs comme neige? Que tu me choques, avec tes expressions dramatiques ? Dis-moi, c'était le but ? »

Touché sans pouvoir grimacer, le Donovan parut se rétracter sur lui-même. Comment mentir, après tout, quand la vérité était là ? Simple, claire. La honte l'empêche de parler et il baisse le regard, surpris d'avoir été pris dans sa vaine tentative de s'en sortir par un stratagème aussi vieux que pathétique, maintenant qu'il y pensait.

« C'est ça, le délire, en fait. T'as tellement pas envie qu'on te sorte de ta merde que tu cherches à dégoûter tout le monde de t'approcher. Bah ça marche pas avec moi. Ce genre de trucs, je les connais par cœur.
- Ferme-la. »


Si son ton se voulait sec et autoritaire, il n'en est pas le cas au final. Sa voix est plus tremblante, et une lueur d'agacement se met à briller dans ses yeux faussement dorés. Il relève ses épaules et tente de se tenir plus droit, sans forcément parvenir à oublier la douleur dans sa mâchoire. Quelque chose le pousse à se relever et à se débattre face à ses accusations qu'il ne peut pourtant pas dire complètement fausses, et c'est peut-être le pire.

« T'en sais rien. Tu t'es jamais demandé si ça serait pas mieux, de... »

Il ne savait pas lui-même ce qu'il s'apprêtait à dire, après tout. L'instant d'hésitation qu'il avait eu avait suffit au Shimomura pour froncer les sourcils et reprendre vivement la parole d'un ton frustré.

« De quoi, d'être mort à ce moment-là ? »

Pas de pitié dans son ton, hormis une constatation aussi réaliste que vive. Quelque part, il avait presque l'impression que ce qu'il avait sous-entendu avait rajouté de l'huile sur les étincelles de colère habitant en l'autre. Il ne pouvait pas savoir exactement, au fond, mais depuis tout à l'heure, cette impression persistante ne disparaissait pas. Comme si son tempérament tout particulièrement rude n'était pas le simple résultat de sa personnalité brusque. Acculé, il détourna une nouvelle fois les yeux et rapprocha instinctivement ses épaules de sa tête.

« J'peux pas croire en moi. C'est pas possible. »

Sa constatation était sortie comme une évidence à ses yeux, la voix confuse. Il ravala sa salive, essayant de chasser de sa tête les innombrables images qui, dans sa tête, lui rappelaient qu'il avait loin d'avoir tort. Combien de fois se l'était-il dit, après tout... ? Chaque occasion, chaque moment où il s'était retrouvé à passer des heures pour faire disparaître le sang de ses mains et de son corps, ces odeurs infâmes qui envahissaient ses narines, les visages qui refusaient de disparaître de son esprit, même dans ses cauchemars. La paix, il ne la connaissait plus depuis huit longues années ; penser qu'il serait capable de pouvoir faire quoi que ce soit correctement, c'était à la limite de l'impossible.  
Apercevant son visage défait, Natsume parut se calmer ne serait-ce qu'un peu. Il poussa un profond soupir et passa une main dans ses cheveux hérissés, l'air fatigué pour il ne savait quelle raison.

« Tu sais pourquoi j'essaie ? Pourquoi j'adresse la parole à un meurtrier qui me révulserait en temps normal ? »

'Révulserait' était encore un terme trop gentil, à ses yeux, mais il avait au moins la certitude qu'il n'était pas face à un inconscient total. La curiosité l'emporta sur sa honte pendant une seconde, et il concentra son attention sur son visage, perplexe face au sang-froid soudain du plus jeune. Celui-ci, plus tranquille, expira un grand coup.

« Tu es autre chose que ce que tu as fait. Si ce n'était pas le cas, le demeuré qui me sert de copain ne t'aurait jamais pardonné. Il est complètement taré et sûrement masochiste, mais il a un minimum d'instinct de conservation. Ou du moins je l'espère.
- Il ne devrait pas.
- Parle-moi en ; j'ai abandonné l'idée de le faire raisonner logiquement depuis deux ans, de toute manière, mais là n'est pas le sujet. Ce que je veux dire, c'est que si il a décidé de te pardonner, alors ce n'est pas à moi de décider si c'est acceptable ou pas. C'est pas mon job. »


Clive cligna des yeux, perdu, n'arrivant pas à comprendre le calme royal de son cousin alors qu'il paraissait bouillir sur place à l'annonce de ce qui était arrivé. Il crut même voir durant une toute petite seconde, de manière tellement fugace qu'il aurait presque dû remercier son entraînement militaire pour la fiabilité de ses capacités d'observation, l'esquisse d'un sourire que l'éleveur avait immédiatement réprimé. Surpris, sa voix se fit interrogative.

« Tu... Tu as une si haute estime de son opinion ? »

Si le moment n'était pas si grave, ou du moins si la situation n'était pas si tendue, Clive se serait presque permis de rire. En effet, le cadet écarquilla légèrement les yeux, avant de se forcer à reprendre un air plus sévère, les bras croisés dans une vaine tentative de paraître plus solennel et distant.

« C-ce n'est pas le sujet, que je sache. Ce que je veux dire, c'est que si d'autres jugent que tu en vaux le coût, alors ça ne me dérange pas de le croire. Arrête de te cacher et de laisser ton estime de toi te dicter les choses. »

Il parlait un peu plus vite, mais l'intention était là. Un peu sonné, l'ancien officier ne sut pas quoi répondre, fermant et ouvrant la bouche à plusieurs reprises sans pour autant trouver de mots exacts et précis. Pour tout dire, il était perdu avant tout, et même si une grande partie de son esprit reconnaissait que Natsume avait raison, l'admettre était une toute autre chose. Il avait tout simplement du mal à s'y retrouver. Sûrement car il n'était pas capable d'identifier clairement ce que pensait son ami, l'asiatique reprit vite la parole pour préciser son propos.

« J't'aime bien. Ça m'emmerderait un peu que tu partes à la dérive.
- J'vois ça. Tu parles beaucoup, pour quelqu'un qui dit s'en foutre. »


D'accord, d'accord, c'était mal de jouer avec ses nerfs et sa pudeur, même si c'était diablement amusant de le voir perdre peu à peu de sa rigueur en se confondant en justifications et en tentatives de pirouettes de rattrapages toutes aussi maladroites les unes que les autres. Le Shimomura se racla en outre la gorge, gêné.

« … O-oui enfin euh, je veux d-dire que-
- Ouais, je sais, je sais. T'as pas besoin de le répéter, tu m'as défoncé un tympan ou deux, je crois. »


Et pourtant, il n'avait même pas eu besoin de crier. Faust ne mentait décidément pas quand il disait que la voix du lapin portait loin, quand il le voulait, et qu'il était capable d'atteindre des décibels forts sans même hausser le ton. C'en était presque impressionnant, car lui-même, malgré beaucoup d'entraînement, ne parvenait pas à ce niveau. À croire que quelque chose dans son code génétique le prédisposait à ça. Toutefois, le faire remarquer n'aurait pas forcément détendu l’atmosphère, et peu importe à quel point il cherchait un moyen de parler, que ce soit pour répondre ou même pour ajouter quelque chose à ce qui venait d'être dit. Peu importe à quel point il cherchait, il n'y arrivait pas. Même admettre que le scientifique ait eu raison était trop dur, vu qu'il ravala sa salive dès qu'il y pensa. Sa fierté se débattit tellement qu'il en oublia instantanément l'idée.

« J'sais pas vraiment quoi dire, là.
- Bah dis rien. Ça sera toujours moins embarrassant, tu fais la même tronche que Faust quand il veut sortir des niaiseries. Me pousse pas à me pendre. »


Au moins, ça réglait le problème, et Clive tenta de rendre maladroitement à l'autre son rictus joueur, sans forcément beaucoup de succès. Heureusement pour lui, l'éleveur le sauva de la honte dans laquelle il paraissait parvenir à se fourrer naturellement en regardant plus loin, la main occupée à caresser la tête de son Majaspic. Il avait l'air, encore une fois, de regarder dans le vague, les pensées perdues vers quelque chose que Clive ne pourrait jamais vraiment saisir.

« T'es con, mais j'pense pas que tu seras le pire des pères, hein, sérieusement. N'importe quel abruti peut s'en sortir, alors bon... Ils sont ni difficiles à faire, ni difficiles à gérer. C'est qu'un alien un peu moche, pas un monstre. »

L'ancien officier ne sut, pour le coup, pas vraiment ce qu'il était supposé répondre à cela. Il ne pouvait pas dire que non, car il était vrai que tout restait à faire, mais penser qu'il pourrait être bon en quoi que ce soit... C'était encore trop. Natsume avait raison, certes, il ne serait pas le pire, ou en tous cas sûrement pas. Mais s'imaginer s'en sortir dans ce genre de cas... Ce n'était pas de l'arrogance, et pourtant l'idée de réussir le dérangeait, sans qu'il ne parvienne à savoir pourquoi. Mal à l'aise face à sa propre incertitude, il ravala sa salive. Malgré ses tentatives, son ton laissait transparaître une inquiétude évidente, et peut-être un peu d'espoir ici et là.

« J'espère. »

Pour l'instant, c'était déjà ça. Il ne pouvait faire qu'un pas à la fois, et celui-ci en était déjà un énorme. Il se poussa à expirer et inspirer pour se détendre, sans savoir sil réussissait vraiment à quoi que ce soit ainsi. Alors qu'il relevait le regard vers Natsume, il s'aperçut avec curiosité que le Shimomura le considérait avec patience.

« … Je peux t'en coller une autre ? Juste pour... Enfin, être sur que tout soit fait.
- ... Si tu veux. »


Vraiment, il aurait dû trouver ça bizarre. S'interroger sur le calme plat du plus jeune et du fait qu'il acceptait aussi aisément de se faire maltraiter. Mais au fond, à ce stade, il s'en fichait. L'asiatique ne semblait d'ailleurs ne vouloir que frapper le haut de son crâne, au vu du mouvement de bras qu'il amorçait peu à peu. Il n'en eut pas l'occasion, toutefois, car un éclair blanc se précipita vers eux pour s'interposer et retenir la main du nippon dans une poigne aussi peu ferme que vive. La créature, dont les traits étaient encore en train de se distordre au vu de son évolution, gardait un regard aussi assassin que plein d'avertissement. Clive ne comprit en revanche pas pourquoi Natsume gardait un air aussi satisfait sur son visage, plus préoccupé par la vision qu'il avait devant les yeux.

« … »

Stupéfait, le compétiteur fit plusieurs pas en direction de la Shaofouine et s'accroupit, les yeux écarquillés. De tout ce qu'il n'aurait jamais cru voir dans sa vie... La femelle qui le défendait, ça, c'était sûrement dans le top 10, et de loin !

« … Clio ? Est-ce que tu viens de... »

Il s'était attendu à un coup tout à l'heure, mais pas à celui-là, et strictement pas . Aussi instantanément qu'elle s'était mise de son côté, Clio avait dirigé sa sanction vers son dresseur, qui avec cette attaque portée aussi brusquement que sans pitié, s'était retrouvé à tomber à genoux dans de longs geignements de douleur. Même Natsume grimaça fortement devant la détresse de son aîné. La Shaofouine ricana mesquinement, fier de son coup pendant que Clive gémissait plaintivement au sol. Comme pour tenter une nouvelle fois de détendre l'atmosphère, l'éleveur ne put s'empêcher de ramener sa fraise.

« Hé bien au moins t'en referas pas, de gosses. »

L'insulte qui fut ensuite dirigée vers lui était tellement vulgaire qu'aucun enfant ne devrait jamais avoir à l'entendre ou à la lire ; c'est pourquoi nous ne la relaterons pas ici.

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=> DC de Mikael J. Evans, Faust M. Donovan, Natsume Shimomura & Winter L. Kenway
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