« C'est toi ou moi, l'un de nous est de trop! »

''Dégage'', de Bryan Adams.
 

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 Rouge |OS Part 1| (contenu violent)

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Mercedes L. Blanchett
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Âge du personnage : 26 ans
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Pseudonyme(s) : Victoria Hills, ma fausse identité sur l'île d'Enola.
Azmitia, surnom de journaliste qui protège mon identité, et mon nom au sein de la Résistance.

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Silver, Dimoret ♂, Mauvais, Attention


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MessageSujet: Rouge |OS Part 1| (contenu violent)   Jeu 27 Avr - 23:19


♦ ROUGE ♦Part I
Rouge.
Le coup de tonnerre retentit encore sous mon crâne. A brisé mon corps de tremblements. Lourd, tout est lourd. Je l’échappe contre le sol. Un nouveau «bang». Où est-ce mon cœur? Je ne le sens plus. S’est-il arrêté? Par ratés il titube. À mes pieds, l’éclair argenté du pistolet, son canon encore chaud du passage du projectile. À mes pieds, le rouge, le rouge sur la moquette. Profond, ses reflets comme des ténèbres qui vrillent mon âme. Dans la mare qui s’étend, je peux voir le reflet aux traits figés de mon visage. L’horreur. La peur. L’éclat translucide de sa peau parcourue de veinures nerveuses. Plus encore, cette lueur sauvage, animale, de mes prunelles. La sueur recouvrant ma lèvre supérieure, redressée sur une rangée de dents qui claquent. Et hormis ce son bouleversé, plus rien d’autre que le néant, le silence stérilisé, et avec lui l’odeur métallique du sang. Je tente une respiration, m’étouffe de la bile qui jaillit de ma gorge. Tout mon corps se projette de l’avant, je dois reculer précipitamment pour éviter le rouge, le rouge qui par éclaboussure recouvre déjà finement mes vêtements, et peut-être un peu mon âme. Mes mains s’engourdissent, je me redresse sans parvenir à regarder le cadavre à mes pieds, incapable de l’éviter toutefois, prisonnière de l’action commise. Je recule d’un pas, la panique ascendant contre ma trachée d’où un cri mêlé de sanglots émerge, suivi de plusieurs autres. Semblants de mots hachés, tranchés des sons agonisants de ma respiration désaxée.

Non non non non non
Comment suis-je parvenue à tout ceci?

______________________________________________

«Mets un sourire sur ce petit visage pré pubère, veux-tu Philly?»

Je constate avec toujours le même étonnement le pessimisme résigné de mon partenaire. Ses traits s’assombrissent devant ma tiraillerie innocente destinée à lui tirer un sourire. Une tentative ayant échoué misérablement, car le voilà qui ajuste son casque sur ses oreilles en m’offrant un regard noir qui ne suffit malheureusement pas à me décourager. Philly, Philenon de son nom de Résistant, me tourne désormais le dos, faisant face à son ordinateur parcouru de chiffres et de lettres hétéroclites qui ne font guère de sens à mes yeux. Son langage. Le hackeur peut déchiffrer sans mal ces longues lignes blanches contre le noir abyssal de son écran. Ce qu’il s’efforce de faire avec acharnement afin d’éviter ma présence. Je connais le jeune garçon par cœur. Son jeune âge, dix-sept ans à peine, me l’a fait aussitôt adopter lors de nos premières rencontres. À de nombreux égards, il me rappelle mon demi-frère Brandon, en plus énergique. L’adolescent témoigne sans cesse d’un sens de l’humour un peu douteux, il parle rapidement et ne peut s’empêcher de sourire. Sauf à cet instant, où la terreur le gagne. Ses doigts s’égarent contre la tête du Psystigri à ses côtés, son vieil allié qui miaule faiblement de rencontrer son maître ainsi.

«Phil…»

«Azmy, nous avons pris des risques inutiles. Trop. Trop souvent.»

«… Qui jusqu’à maintenant se sont montrés sans conséquence. Nous avons été prudents, comme à notre habitude, nous ne pouvions rien faire de plus.»


Il reste silencieux. La nervosité me gagne sous le masque de mon assurance. Il m’échappe, je le sens, je me résigne à ne pas y croire. Pourtant, à chaque pas, il dérive.

«C’est toujours comme ça avec toi, tu te crois invincible, mais tu sais tout autant que moi que personne ne l’est sur cette île.»

«Calme-toi, Phil, j’essaie simplement de te rassurer, je…»


Le coup qu’il porte soudainement contre la table me tire un violent sursaut. Interdite, je le scrute sans comprendre son embardée alors qu’il porte ses mains à son visage pour en dissimuler les traits que je sais troublés. L’adolescent et moi travaillons ensemble depuis de nombreux mois, menant de petites attaques contre les systèmes du Régime, brouillant les ondes afin d’y faire passer les informations et les messages au public venant de la Résistance. Je suis la voix, lui le média, comme toute l’équipe dont nous sommes les deux membres fondateurs. Une poignée de Résistants soucieux d’éparpiller la vérité et la rendre accessible aux mains avides d’une population tenue à l’écart depuis trop longtemps. Philenon m’inquiète véritablement désormais, et je porte une main maternelle à son épaule, en tâchant de comprendre son trouble. Je ne l’ai jamais vu ainsi, mon soleil s’est voilé de quelques nuages que je doute porteurs de tempête. Ses larmes m’interpellent, ruisselant silencieusement contre ses joues immatures.

«Je sais que tu as peur, Phil. J’ai peur aussi. Arceus… j’ai passé de longues nuits à appréhender chaque son, à sursauter à la moindre ombre mouvante, à craindre le souffle de mon partenaire couché près de moi. La terreur qui en fait mal, qui te cloue sur place. Oh Phil. Si je pouvais t’en sauver.»

«Ils ont pris mon père.»


La nouvelle tombe lourdement dans la pièce. Les quelques autres Résistants harnachés à leurs ordinateurs cessent leurs activités pour se retourner vers le cadet de la bande dans un malaise lourd. Plus un son n’anime la base souterraine autre que le ronronnement désagréable des machines et les respirations pesantes des membres de l’équipe. Réalisant son public, Philenon se retourne en fuyant nos regards. Hiba, un autre hackeur de l’équipe se lève pour poser une main compatissante contre le dos de l’adolescent, qui se brise en de profonds sanglots. Les autres se rapprochent en toute discrétion, et nous entourons le jeune homme de nos bras malgré la chaleur insupportable de notre base secrète. L’émotion de mon ami est telle que je peine à conserver mon calme, déchirée par ses pleurs inconsolables. Impuissante, je parviens à m’imaginer sans mal sa souffrance, lui qui m’aura soufflé à de nombreuses reprises son admiration pour cet homme simple et bien-aimant ayant toujours appuyé son fils dans ses décisions. Nous restons ainsi, solidaires, inébranlables. Nous ne pourrons effacer sa peine, mais nous désirons lui offrir la certitude de notre soutien immuable.

Et les minutes s’allongent dans un mutisme entrecoupé des pleurs du jeune garçon qui lentement s’amenuisent jusqu’à laisser entre nos mains une poupée désarticulée. Ses membres reposent contre les nôtres sans plus de vie, les sanglots n’ayant laissé à leur suite qu’une coquille vide au regard éteint. Je frissonne de croiser ses pupilles ternes là où brillait tant de vie il y a si peu. Je caresse ses cheveux avec douceur quand il nous avoue avoir envie de vomir. Nous ne tardons pas à le poser contre le sol froid et lui offrir une corbeille. Il se déchire les tripes de haut-le-cœur difficiles à entendre mais son estomac refuse de céder. Il s’écroule contre le plancher, le teint pâle. Je me recule, en proie de remords de le voir ainsi, sachant pertinemment que s’il se trouve dans cette situation, j’en suis partiellement responsable. Philenon a esquissé ses premiers pas dans le mouvement Résistant à mon invitation, et son père s’est probablement trouvé victime collatérale de ses actions illégales. Je chavire, incapable d’affronter la vision de mon confrère malade, brisé de chagrin contre le sol. Je m’éclipse dans la pièce noire destinée à ma photographie en tâchant de reprendre contenance mais la souffrance de l’adolescent se résorbe en moi. Je revis ses reproches d’il y a quelques instants, en mesurant leur portée, à me demander s’il valait vraiment la peine d’user de ses talents si ce n’était pour en venir à cette issue. Mais Philenon, lors de notre première rencontre, a tenu mes mains, m’a supplié de lui tendre les armes qui lui permettrait de changer les choses. Lui aussi voulait changer le monde. À quel prix?

«Je vais veiller sur lui cette nuit.»

J’hoche la tête, perdue dans mes pensées, tandis qu’Hiba me contourne pour scruter mon visage pâle. Il me semble bien plus solide que moi. Je pose une main contre son torse pour me retenir de tomber. Avec douceur, il s’empare de mes poignets et me sourit. Je me demande comment il fait pour sourire cet abominable nerd, dans un moment pareil. Philenon et lui sont si jeunes, je crains de voir leur jeunesse aspirée, consommée, détruite, par le combat que nous menons. Puis je me souviens que peu d’années nous séparent réellement, que je m’épuise aussi à frapper de la fumée. Dans tous les cas, je lui suis reconnaissante de se proposer pour veiller sur le cadet de l’équipe. Je n’aurais pas su lui rendre service, lui venir en aide dans ces moments troubles. Trop proche. La sympathie m’aurait dévastée, comme à l’instant.

«Vas-y. Je sais que tu es épuisée, et surtout que tu ne pourras pas gérer cette situation ce soir.»

«Tu suggères que j’abandonne Philenon?»

«Il t’en veut.»


Un coup de poignard. Hiba se contente d’émettre la vérité. Aussi douloureuse soit-elle. Mon regard se tourne vers la pièce adjacente. Troublée, je n’ose plus rétorquer. Dévastée par la colère de mon collègue dont je ne pourrais pas même me défendre. Si je n’ai pas placé les soldats du Régime sur le chemin de père, il n’en reste pas moins que mes imprudences ces derniers temps, qu’il me reprochait sans cesse, ont dû attirer l’attention du gouvernement sur lui et ses proches. À force de jouer avec le feu, on s’en brûle les doigts. Philenon le savait, s’est joint à moi dans la concoction des plans visant la cyberattaque des bureaux des relations publiques, puis bien d’autres ensuite.

«Ce n’est pas de ta faute, Azmitia, tu le sais j’espère.»

«Sincèrement, Hib’ je…»

«Non, tu te tais. Ça suffit. Tu ne vas pas jouer à ce jeu de la victime, pas maintenant. Aujourd’hui c’est à propos de Philenon. Et maintenant, il souffre, il a besoin de s’en prendre à quelqu’un, et parce qu’il sait qu’il ne te perdra pas, ça tombe sur toi. Mais le monde ne tourne pas autour de toi, nous avons tous accepté de se lancer dans cette entreprise en connaissant parfaitement les risques. Et lui aussi.»


Je soupire.

«Il n’est qu’un gamin, Hiba.»

«Ouais? Et alors? Toi aussi. On l’est tous. Et on va probablement tous crever de la façon la plus violente qui soit, parce que c’est ce que nous sommes. Des Résistants. Alors maintenant, fais-moi plaisir… Rentre chez toi, va te reposer. Demain, tu reviendras en force. En attendant, je m’occupe de lui.»


Je considère le rouquin en silence. Pas même vingt ans, à tenir des propos pareils. Je n’ai pas envie de mourir. Pas maintenant, pas avant d’avoir vécu, expérimenté, découvert, avant d’avoir aimé profondément et souffert tout autant, avant d’avoir réussi et échoué. Nous n’avons qu’une existence à mener et je ne peux accepter que la mienne ne se conclue aux prémices de son histoire. Qu’est-ce qui anime mon partenaire de crime si n’est plus le désir de vivre dans un monde libre? Je n’ose pas formuler la question, craignant la réponse qui pourrait m’emmener davantage de confusion et d’amertume. Un jour, nous aurons cette conversation, un jour je lui opposerai mon profond optimisme. Mais aujourd’hui je vacille encore sous le poids des remords et mon combat ne m’a jamais paru plus insensé. De l’autre pièce, j’entends encore les sanglots étranglés d’un garçon que le conflit aura brisé, son héros emporté, sacrifié. Un énième innocent. Je baisse la tête en me demandant combien d’autres devront souffrir avant que…

Il m’est venu une vision. Sous la bruine, un peuple silencieux, solennel, alors qu’un immeuble s’effondre sous leurs yeux. La Grande Maison. Et ils scandent alors que les flammes lèchent la demeure de la démocratie pervertie. Ils pleurent, s’accoladent, se congratulent. Leurs larmes se mêlent à la pluie. Le sang des traitres, s’écoule encore sur les escaliers de granit. La victoire. Le soulagement. La fin du combat. Cette vision me revient, inlassablement. Elle me hante la nuit parmi mes songes, me tient éveillée de longues heures ensuite. À me demander comment y parvenir. À me demander si j’aurai encore des proches à défendre d’ici ce moment. Dans ma vision, les visages s’embuent dans l’anonymat. J’aimerais me dire qu’il s’agit d’un avenir possible mais devine les sacrifices à envisager pour y parvenir. Devant la souffrance de mon camarade, voilà que je la revis, dans un silence presque solennel. Me réfugiant derrière cette utopie que je caresse du bout des doigts, par crainte de m’y brûler. Hiba sent bien qu’il m’a perdu, n’ose troubler cet instant de réflexion en posant simplement sa main contre mon épaule avant de rejoindre les autres dans l’autre pièce. La solitude se resserre contre moi. Je reste ainsi, entre fiction et réalité, avec toujours ce questionnement douloureux qui revient : Comment? Épuisée par cette course à une réponse qui continue de s’échapper, je fais appel à Golden, mon Alakazam, afin d’obtempérer à la demande de mon collègue. Disparaître pour mieux combattre demain. Avec mollesse, j’attrape la main de mon amie qui nous téléporte sans détour à la maison.
(c)Golden


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