« C'est toi ou moi, l'un de nous est de trop! »

''Dégage'', de Bryan Adams.
 

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 Rouge |OS Part 2|

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Mercedes L. Blanchett
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Pseudonyme(s) : Victoria Hills, ma fausse identité sur l'île d'Enola.
Azmitia, surnom de journaliste qui protège mon identité, et mon nom au sein de la Résistance.

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MessageSujet: Rouge |OS Part 2|   Ven 28 Avr - 1:01


♦ ROUGE ♦Part II
«Mercedes?»

Le cœur d’Isabelle cesse de battre. Chacun de ses appels, teintés d’angoisse. Elle murmure le nom de sa fille sans plus se soucier des vérités dénichées par la jeune femme à l’autre bout de la planète. À chacun de ses appels, elle la revoit, si petite, si fragile, ses grands yeux azurés et ses sourires, ce rayon de soleil tombé du ciel, ayant touché le monde. Son monde. Elle se redresse, ignore les grondements de son partenaire réveillé par les sonneries du téléphone. À croire qu’elle ne dormait pas. Elle s’est jetée sur le combiné, en sachant qu’elle trouverait la voix de son enfant à l’autre bout de la ligne. Devant le silence qu’il s’en suit, elle devine que la rose se retient de pleurer, que quelque chose s’est produit. Dans l’adversité, Mercedes ne se tournera vers sa mère que lorsque son orgueil le lui permettra, sans se douter qu’à des milliers de kilomètres, elle n’attend qu’à être une actrice dans son existence. L’angoisse se resserre contre son cœur de mère alors qu’elle rejette la couverture et attrape sa robe de chambre à quelques pas du lit. Il fait froid, l’hiver lui mord les chevilles alors qu’elle quitte la tiédeur rassurante de ses draps. Isabelle s’éloigne, portant une main à son cœur en dévalant l’escalier menant vers le rez-de-chaussée où elle pourra s’assurer de ne déranger personne parmi la maisonnée. De l’autre côté, elle entend sa fille respirer. Ce son familier la rassure. Elle se sent moins loin, moins déracinée de sa Mercy, bien décidée à renouer avec son passé. Parfois elle craint… craint que la jeune journaliste n’oublie la femme l’ayant élevée toute sa vie.

«Mercedes, mon amour, je t’en prie, dis quelque chose…»

«Je… je ne sais pas. J’avais seulement envie d’entendre ta voix.»


La voix lui paraît cassée, éteinte, imprégnée de terreur. Une terreur qui atteint nécessairement Isabelle dont un vertige la pousse à s’asseoir. Dans l’obscurité de la maison endormie, chaque son lui parvient avec une netteté étourdissante. Malgré la piètre qualité de l’appel, tout bruit provenant de son interlocutrice lui est aussi réel que si elle se trouvait devant elle. Mercedes souffre, terrée derrière son orgueil et ses secrets. La comptable a l’habitude des façons détournées de sa fille adoptive de plier la réalité, dans l’optique de la protéger, elle et le reste de la famille d’ailleurs, des horreurs perpétrées à Enola. Parfois, la québécoise retient l’envie d’exiger à la jolie rose de rentrer auprès des siens, de faire une scène telle qu’elle savait en produire de sa jeunesse. Néanmoins elle sait très bien le combat perdu. La jeune femme n’en fera nécessairement qu’à son envie et Isabelle ne peut que l’écouter et la soutenir malgré la désapprobation qui l’étouffe. Oh, elle en est fière. Depuis longtemps déjà elle pousse sa fille à poursuivre ses rêves, particulièrement celui du journalisme. Pourtant devant les dangers auxquels «Azmitia» s’expose, la dame préférerait voir sa Mercy rentrée et saine et sauve. Surtout dans ces instants où le trouble de son enfant lui est si évident et que l’impuissance la saisit de ses doigts cruels.

«Dis-moi ce qui se passe.»

La requête qu’elle formule chaque fois où la jeune femme l’appelle au plus sombre de la nuit afin d’éclaircir ses doutes. Isabelle devine qu’encore une fois elle n’obtiendra qu’une part de la vérité. Peut-être n’a-t-elle pas vraiment envie de savoir. Parfois il est plus aisé d’ignorer les horreurs de ce monde, mais quelque chose en la québécoise l’empêche de céder à l’évitement.

«Ce n’est rien. Je me demande juste si je mène le bon combat parfois. Et comment je pourrais réellement changer les choses. Je me demande comment il se fait que nous n’obtenons pas les résultats escomptés. Et jusqu’où il faudra aller au nom de ce combat.»

Le sang se fige dans les veines d’Isabelle. Chaque mot de Mercedes la plongeant dans un profond scepticisme, qui l’empêche quelques moments de parler. Elle a cru longtemps que sa fille se contentait d’écrire des articles à la sauce un peu trop épicée pour le gouvernement en place, mais elle se trompait. Non, Mercy laisse croire qu’elle est complètement engagée dans le mouvement Résistant qui œuvre sur l’île, une bande de terroristes aux yeux de l’étrangère. Sa fille pourrait-elle être une meurtrière sans qu’elle le sache? Elle ne parviendra jamais à comprendre, pas si loin, pas sans avoir vu, senti, touché à la crise qui ébranle l’île d’apparence paradisiaque. Incapable de mesurer l’étendue des dommages ou les implications de faire partie d’un tel mouvement, la brunette se tait et fixe le mur devant elle, éclairé par un faible rayon de lune, où des photographies de sa famille lui sourient. Mercedes, parmi toutes, illumine les portraits de sa présence. Depuis trois ans déjà, qui est-elle réellement? En se lançant à la poursuite de ses rêves et de ses racines, la jeune femme s’éloigne progressivement de sa mère et de son passé au Canada.

«Je sais que tu ne peux pas comprendre ce qui me pousse à me battre maman. D’un point de vue extérieur, ce n’est pas si simple… À vrai dire même Weston désapprouve. Il ne saisit pas que je fais tout ceci pour lui, pour son fils, pour nous tous. Je ne peux pas rester les bras croisés pendant que mes proches autour de moi tombent comme des mouches, tu comprends?»

Isabelle n’a jamais vécu l’adversité. Elle a vécu toute sa vie à Montréal, à vivre au gré des saisons et n’avoir que pour souci les froids mordants des hivers québécois et les jeux débilitants des politiciens canadiens sans passion. Pour elle, les notions de liberté, d’égalité et de sécurité vont de soi, et elle ne peut s’imaginer un monde où chaque sortie, même en plein cœur de la ville, implique la rencontre de soldats masqués, armés et dangereux. Où un où chaque mot est lourdement pesé. Un où même les innocents se trouvent victimes. Elle a connu Enola libre lors de ses premiers voyages vers l’île du Pacifique, et l’a considérée avec la lunette touriste lors de son dernier passage, l’hiver dernier. Pourtant, elle ne doute pas des dires de sa fille et frissonne d’effroi de réaliser que les horreurs qu’elle décrit pourraient se produire à son enfant.

«Tu sais Mercedes, tu es enolianne. Tu l’as toujours été. Tu es née là-bas et je soupçonne que tu y feras ta vie. Mais n’oublie pas que tu as été élevée ici, et que nécessairement, tu as acquis les valeurs transmises ici. Et être Québécois eh bien… c’est de beaucoup chigner sur tout, mais de ne pas faire grand-chose. Nous préférons nous taire plutôt que de changer les choses bien trop souvent, peut-être est-ce parce que nous aimons un peu trop la paix pour revendiquer quoi que ce soit. Ce n’est pas très glorieux, mais peut-être as-tu acquis la même chose. De te préserver plutôt que d’être celle portant le flambeau. Nous n’avons pas de grande cause ici qui demande de se brûler les ailes.»

«Mais je veux m’impliquer, je veux changer les choses peu importe le prix et…!»

«Calme-toi, Mercy, laisse-moi terminer. Ce que je veux dire c’est que malgré ce que tu peux en dire, ces valeurs t’imprègnent tout de même. Tu es en train de changer, c’est normal, dans ton nouveau contexte. Mercedes, tu es en conflit de valeurs. Tu ne sais pas jusqu’où aller, où te positionner dans un monde où on te demande de faire des choses qui sont contre ta nature, contre ce que tu as appris.»

«Je suppose que c’est vrai.»


Elle se tait. Sa mère la laisse réfléchir, confortable malgré le silence.

«Hum. Ouais. On peut dire ça. C’est vrai qu’avant, je voulais révolutionner le monde, mais je ne comprenais pas exactement ce que ça impliquait. Maintenant que j’ai une famille et des amis dans le mouvement, c’est… vraiment difficile. J’ai peur que de par mes actions, quelqu’un en souffre. C’est eux que je veux préserver, et non moi-même. Mais au final, c’est du pareil au même. Il n’y a pas de bonne solution pour tous les protéger. Ce qu’il faudrait c’est de gagner, mais je ne sais pas comment. J’ai peur que nous n’y parvenions jamais… Si tu savais maman, je ne dors plus depuis des jours, ce matin j’ai même retrouvé ma brosse à cheveux dans le réfrigérateur.»

Isabelle ne peut s’empêcher de sourire. Malgré les changements opérés chez sa fille, sa mère constate qu’elle n’a pas tant changé. Tête en l’air lorsque quelque chose vient réclamer sa totale concentration, nerveuse et dédiée, et surtout convaincue de sa propre importance en des proportions impossibles. La comptable soupire, voilà exactement le genre de caractéristiques que Mercedes aura pris d’elle. Toutes les deux si fières, persuadées qu’elles doivent porter les problèmes de ce monde sur leurs épaules.

«Tu sais que tu n’es pas responsable de toutes ces personnes, Mercedes? Un jour ou l’autre, les événements t’échapperont, et cette guerre tu ne peux y apporter que le meilleur de toi-même. Respecte-toi dans tes décisions mais cesse de croire qu’il n’y a que toi. Il y a des limites à ce que tu peux faire, à ce que tu veux faire. Écoute-toi aussi.»

Elle reste silencieuse, et sa mère adoptive soupçonne qu’elle combat les larmes à nouveau. Une fois de plus, Isabelle se montre patiente et attentive, sait avoir dit ce qu’il fallait. Elle ne pourra jamais empêcher la journaliste de se lancer dans les dangers au nom de la liberté, mais elle peut au moins l’outiller dans son voyage.

«Je ne peux pas empêcher la culpabilité. C-c’est aussi pour ça que je t’appelle. J’ai l’impression d’avoir mis mon équipe en danger en prenant une décision, et nous avons eu des pertes. Mais notre entreprise a été fructueuse et a largement contribué à notre cause… Encore une fois, je me demande jusqu’où aller, à quoi ça rime, et si tout ceci en vaut la peine.»

«Fais juste ne pas oublier qui tu es, Mercedes. Conserve ton respect pour toi-même et fais confiance à ton instinct. Ton instinct, il te dit quoi, maintenant?»

«Il me dit…»
elle hésite un moment puis reprend la parole. «Que j’avais raison de mener cette décision jusqu’au bout. Que je ne me pardonnerai jamais les pertes. Et que je suis fatiguée. Vraiment fatiguée, maman.»

Mercedes soupire. Elle soupire comme ceux du double de son âge, de ceux qui ont vécu, aimé et regretté, de ceux qui portent de larges blessures qui ne cicatriseront jamais. Soudain sa fille lui semble si loin, comme ancienne et imprenable, et Isabelle ne peut réprimer un frisson devant son évident trouble.

«Lorsque tu prends des décisions, Mercy, il faut les assumer et les accepter. Tu ne peux pas passer ta vie à regretter des choses que tu as pu faire. Il faut aller de l’avant. Mais avant, je pense que tu pourrais te reposer un peu. Prendre du recul, prendre du temps pour toi.»

«Oui, that sounds good mama.»


La voix de la rose est toute petite dans le combine. La voix d’une enfant perdue que l’on vient juste de rassurer.

«Tu sais pourquoi je t’appelle maman? Parce que tu sais toujours quoi dire. Même si je sais que tu t’inquiètes et que tu désapprouve. Merci d’accepter quand même. Et d’être là pour moi, même si je n’ai pas été une fille exemplaire.»

«Tu sais quoi, Mercy? On n’arrête jamais d’être mère.»

«Merci.»


Cette nuit-là, Isabelle se glisse de nouveau parmi la tiédeur des couvertures et se presse contre son amoureux. Mais elle ne dort pas. Elle est loin, bien loin de cette petite maison, loin des songes. Elle est auprès de sa fille et la tient contre elle de toutes ses forces et lui dit qu’elle l’aime. Peu importe ce qui les séparera, la dame conservera cette porte ouverte. Elle ne cessera jamais d’être mère.
(c)Golden


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