« C'est toi ou moi, l'un de nous est de trop! »

''Dégage'', de Bryan Adams.
 

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 Lost in translation II (OS)

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Alexander Nagel
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Âge du personnage : 26 ans, né un 2 février
Métier / Études : Tortionnaire, Dresseur a ses heures, Débute une carrière d'acteur, Se tient actif mais ne sait pas quoi faire de sa vie.
Pseudonyme(s) : ›› Dio Silvery, Officier Subalterne du Régime (principalement tortionnaire et combattant, ponctuellement homme de main).

Niveau : 75
Team active : ››

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›Seisme, Aile d'acier


››Sophie - Mauvaise - Intimidation
›Eclair Fou, Poing Feu


››Irma - Gentille - Torche
›Psyko


››Viktor - Jovial - Turbo


››Harald - Mauvais - Fermeté
›Seisme


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›Lance-Flamme



MessageSujet: Lost in translation II (OS)   Lun 9 Jan - 21:43

Lost in translation.
J’ai ouvert les yeux sur un plafond que j’ai reconnu au bout de quelques secondes. Un plafond que je n’avais pas vu depuis presque 8 ans. Lorsque je veux me redresser dans ce qui est mon ancienne chambre, j’ai l’impression qu’une enclume vient de me tomber sur la tronche, et je dois immédiatement me trainer vers les toilettes de la salle de bain. Je n’ai pas le temps d’observer le décor de cette chambre austère qui fut occupée par Ludwig après mon départ et sa naissance. Comme ma tête tourne toujours autant, je décide de commencer par prendre une douche froide, et d’inspirer profondément à la fenêtre, l’air froid du jardin complètement enneigé après ce qui a du tomber cette nuit. Suite à cela, je peux donner plus d’attention à ce qui m’entoure, et tendre l’oreille face au silence de la grande demeure Nagel. En sortant dans le couloir, mes pas retrouvent seul le chemin dans les couloirs, vers l’escalier, le premier étage, sa grande balustrade avec sa baie vitrée, par où filtre une lumière qui termine de m’éblouir et de taper sur mon crâne. A part un peu de mobilier, quelques endroits rénovés avec soin, rien n’a changé. Je dois reconnaître que cette maison est toujours soignée, la décoration sobre et de bon gout, bref, encore accueillante malgré un certain « vide ». Me voici finalement au rez-de-chaussée, en direction de la cuisine. J’ai l’impression de retrouver la routine de mon enfance et de mon adolescence. Mes jambes bougent toutes seules vers l’objectif. Objectif avant lequel je bifurque, en direction de l’escalier de la cave. Quelle n’est pas ma surprise quand à la place d’un escalier casse-gueule, je me retrouve face à du ciment gris. Ils ont totalement bouché la cave ou bien… ? En même temps, il s’est passé des trucs bien sales, en bas, probablement qu’ils voulaient effacer les preuves pour repartir à zéro, après les évènements d’il y plus d’un an. Hm.. Si je m’y attendais. Je repars donc vers la cuisine, ou je trouve mon paternel en train de siroter un café et un petit déjeuner bien trop copieux pour une seule personne. La nausée me revient rien qu’à la pensée que je ne pourrais jamais engloutir autant sans vomir, dès 9h du matin. Mon mal de tête me fait oublier les politesses (quoique même sans ça, je n’aurais pas dit « bonjour »), et je m’en vais directement vers la machine à café, en m’avachissant sur le comptoir, la tête dans la main. N’empêche que vu le peu de souvenirs d’hier soir, je me sens obligé de poser une question évidente :

« Putain, il s’est passé quoi, hier soir? »
«On t’as pas appris à dire bonjour, avant de-- »


Oh, non, il ne va pas commencer.

« Ta gueule. J’t’ai posé une question. »
« T’as trop bu, voila ce qui s’est passé. »
« Vu comme je viens de me vider aux toilettes, j’aurais compris tout seul. Merci , pauvre con! »
« Charmant. »

J’entends l’autre soupirer d’un air déjà lassé, puis continuer de manger son déjeuner. Il devient sénile à 56 ans, ou alors il fait exprès d’ignorer ma question, cet espèce d’enfoiré en surpoids ?

« Tu vas m’répondre? »
« Non. »
« …Connard. »
« Pas tant que tu me parleras comme à une grosse merde de cafard pourri. »


Il veut de la politesse et des courbettes ? Eh bah très bien, je vais lui en offrir, à ce gros qui s’amuse à parler comme un enfant de 4 ans. J’ai la singulière et désagréable impression d’avoir 12 ans à nouveau, pour ma part. Tout ça pour dire que ça vole vraiment pas haut, ce matin. Je fais volte face, et m’incline tel un danseur baroque, en faisant des ronds avec mes poignets.

« Oh, pardon. Mon opulent et succulent Papounet chéri, veux-tu bien me dire, dans tes grandes largesses, ce qui m’est arrivé hier, et dont ta prépondérante personne m’a certainement sauvé? »
« C’est moi qui vais vomir, là. »
« Je me retiens comme un grand, alors fais de même. »
« Humour, Alexander. »
« Appelles-moi « con », aussi. Gnn… Bordel.. »


Mes maux de tête me lancent et me redonnent la gerbe. Je respire le plus calmement possible pour faire passer ça, et prend ma tasse désormais remplie. Tiens, je n’avais même pas tilté que j’avais repris « ma » tasse. Celle avec une gravure imprimée de la scène l’Opera de Bayreuth dessus, en train de jouer l’Anneau des Nibelungen.

« Y’a des médicaments dans… »
« Je sais, le buffet de l’entrée de la cuisine, en haut à droite. Ça non plus, ça n’a pas changé. Le seul truc qui a changé, c’est qu’il y a plus de cave. »
« On a fichu du béton dedans, oui. »
« Pour cacher vos erreurs comme des gamins qui cassé le vase de papy Curtis? »
« … Un peu ça, oui, si tu veux tout savoir. »
« Tss… Z’êtes devenus bien lucides sur votre cas.. C’est quoi la prochaine étape? »


Il me semble plus sérieux, d’un coup, et hésite avant de répondre. Puis, il reprend la parole, comme un peu plus solennel.

« On va partir d’Allemagne. On a vendu l’entreprise à la Sylphe SARL, on va mettre les économies de côté en attendant de savoir quoi en faire, puis on va déménager à Alola, avec Martha. »
« PFRT! C’est ça! J’vous imagine bien, en vahinés. »
« C’est pas une blague, on est très sérieux. On a déjà fini de tout préparer, ou presque. On part dans deux mois. »
« … Hein? »
« Il était plus que temps. Après tout ce qui s'est passé après nos... "différents", d'il y a plus d'un an. »
« … »


..Notre « entrevue » a eu ce genre d’influence sur eux ? A ce point ? En même temps, lui avait totalement pété les plombs, ce gros dépressif stressé de la vie. Et Martha s’est retrouvée dans le coma quand il est rentré. J’ignore ce qui a pu se passer dans leur tête après tout ça, et comment ils s’en sont « sortis » de cette merde, et comment ils sont parvenus à tourner la page sur ce qu’ils ont pu faire dans cette maison et dans cette cave. Un rapport avec grand-mère Alma, peut-être ? Je repense aux paroles de Ludmilla qui disait que sa Tante Alma et son père Ernzt avaient « l’œil sur moi », pour les saloperies que je fais. Hmph.. Je crois que tels que je connais mes vieux et ce que je sais sur moi-même, et ce que j’ai vu, entendu entre ces murs, mettez sur tout ça la mort d’Irina et ma fugue… Oui, je crois que leur pétage de plomb, leur dépression et leur résignation a bien envie de s’orienter vers quelque chose de plus « positif », désormais. Mon paternel, pour sa part, semble surpris par mon silence. J’avais rien de sarcastique ou de méchant qui m’était venu, pour le coup.

« Eh bah, quoi? »
« Rien. J’suis juste vachement surpris que vous ayez les couilles de faire ça. »
« Laisses le courage hors de ça. On fait notre crise de milieu de vie, c’est tout. »
« Hmph… »

Du cynisme, en veux-tu en voila. Il n’a simplement pas envie de s’expliquer plus précisément sur le cheminement de cette idée, et de comment ils sont parvenus à sortir la tête de l’eau. Le silence revient. Si je m’y attendais… Je ne sais pas si je dois leur rire au nez,  être admiratif, ou envieux. L’autre se remet à causer, pour enfin répondre à mon interrogation initiale. Préssé de changer de sujet, maintenant, hm ?

« Mais, donc, pour hier soir… Après avoir enfilé 2 bouteilles de vin à toi seul, tu as pas mal gueulé sur Ludmilla, qui s’est barrée, j’ai pas bien compris pourquoi, et… »

Il se met à glousser bêtement, maintenant. Je lui grogne dessus, ma patience n’étant pas au rendez-vous ce matin.

« Pourquoi tu te marres? »
« T’es monté sur la table, et t’as pissé dans le caviar. »
« …Quoi? »
« Pour le coup, j’avoue que je suis fier de toi, et Ernzt était furax. »


Quoi ? Pardon ? Comment ?! Il se fout de moi, là ?! …Et c’est maintenant qu’il est fier de moi ? C’est sarcastique, bien entendu mais.. Quel abruti. C’est pour ça qu’il m’a ramené ici ?

« Mais… Ta gueule! Pourquoi tu m’as pas ramené à mon hôtel?! »
« Ça faisait faire un détour. »
« Rien à foutre ! C’était pas la question ! »
« Oh, tu m’emmerdes. J’avais pas envie que tu gerbes partout dans le taxi et sur la voie publique et que tu sois arrêté à minuit passé pour exhibitionnisme. »
« Même bourré, je ferais pas ça! »
« Laisses-moi en douter. Avoue que t’es quand même mieux ici que dans un hôtel. Puis tu payes pas. Vu l’état de tes finances, ça devrait t’arranger. »
« La n’est pas la question, abruti! Et mes finances vont très bien, arrêtes de m’faire chier avec ça! »
« Vraiment? On peut vérifier ensemble alors? C’est vrai, avec ton château, tes costards, ta voiture, ton film, ton armée de 30 Pokémon, tu ne dois pas être endetté, hein. »


Non, il ne se fout pas de moi, et c’est bien ce qui m’irrite fortement. Qu’est-ce qui a bouffé, à tout d’un coup vouloir jouer au daron ? Je sais que les mièvres disent qu’il est jamais trop tard, mais là, c’est vraiment le dernier de mes souhaits qu’il se comporte comme un père avec moi.

« Je veux que tu restes en dehors de mes sous, bordel! »
« Tu sais, au pire, si nos économies peuvent servir à quelque chose… »


Mais dans quel genre de délire il est parti, encore ?! Il est désespéré de se débarrasser de ses thunes à ce point ? Si je ne le tue pas dans le quart d’heure qui suit, c’est que mes maux de tête m’en ont empêché. Je coupe court au cheminement de sa pensée. Je ne veux pas qu’il aille au bout de celle-ci, et qu’il dise une seule fois qu’il veut me tendre la main. Que ce soit par haine, pas orgueil, ou quoi que ce soit d’autre, je cracherais simplement dessus. Je ne veux pas de son aide.

« Gardez vos sous, bordel. Je préfère avoir les créanciers, la mafia, et les huissiers aux fesses toute ma vie qu’être aidé par mes vieux financièrement! »
« Dis-toi que c’est une compensation pour Ludwig, alors. »


Cette fois, je me lève brusquement, réellement furieux. Comment ose-t-il… !! Mes poings ont frappé la table, et ont renversé mon café. Ce qui fait grogner Helmut d’un air peu concerné par mon énervement. Qu’il reste en dehors de tout ce qui concerne Ludwig. Il a fait tant de mal à ce gamin… Lulu ne lui pardonnera probablement pas. Il le haît, et en fait encore des cauchemars. Par respect pour mon jeune frère et ce qu’il ressent vis-à-vis de nos parents, je n’accepterais jamais cet argent.

« … Tu crois que ton fric va l’aider à pardonner quoique ce soit, enculé?! »
« Eh, oh, du calme. C’est pas ce que je voulais dire. »
« Alors quoi ?! Vous avez toujours fonctionné comme ça ! En mettant le prix fort, vous pensez qu’on vous donnera tout le pardon du monde en échange,  et qu’on vous fera une dans du ventre en prime ! »
« …Absolument pas. L’argent ne compense rien. Et toi-même tu le sais mieux que personne, je crois. Non je… Certes, j’ai des choses à me reprocher et ce serait de mauvaise foi de dire que je cherche pas à me faire pardonner. Mais pas comme ça. C’est juste que, légalement parlant, on lui doit ça. De toute façon, pour ton cas, je suis totalement à court d’idées, si je dois m’excuser de tout bah… Je le ferais, car j’ai pas été là et-- »
« Arrêtes de vouloir te racheter maintenant. C’est embarrassant. »


Embarrassant, c’est le mot. Même pas douloureux ou accablant. Et ça ne change rien, ce n’est même pas qu’il est trop tard, c’est qu’il va finir par simplement se faire du mal seul, à essayer, avec moi. Pas que j’en ai quelque chose à foutre, mais c’est gênant et ça rend l’ambiance vraiment à chier. Avec Ludwig, peut-être que ses efforts pourraient donner quelque chose, qui sait. Néanmoins, je peux comprendre un peu. On a le même souci, mon père et moi, à certains égards. A vouloir nous comporter comme l’ordinaire commun des mortels, on en apparaît que plus étranges et maladroits, et on ne fait que s’abimer plus encore. Pour ça que pour ma part, j’ai arrêté d’essayer depuis bien longtemps de me faire passer pour autre chose que ce que je suis. Helmut s’est tu, tournant probablement ses réflexions dans la même direction que les miennes.

« Aujourd’hui ou y’a 20 ans, t’aurais rien pu faire de plus pour moi. Ça n’aurait rien changé. » Il baisse les yeux en haussant les sourcils, avec un sourire cynique qui ne parvient pas vraiment à cacher ses remords. Je soupire, lassé, et reprend, en me faisant violence. « … Mais j’pense que t’as fait beaucoup pour Irina quand même. Et que peut-être qu’un jour, Ludwig te pardonnera. Donc, te formalise pas pour moi. Y’avait rien à sauver, dès le départ. »

Je fais tout ce que je peux pour vivre aussi heureux que je le peux. Depuis quelques temps, j’ai compris que ce n’était pas le monde qui était en tord de ne pas se modeler à mon désir, mais l’inverse. Je ne pourrais pas être heureux en tentant de convaincre les gens et ce qui m’entoure de manière générale. D’autre part, mon côté sentimental est bel et bien atrophié. Quelques rares trucs m’inspirent la compassion, mais c’est plus par devoir et par nécessité de rester dans le « monde réel » que je m’occupe de Ludwig, plus que par véritable pulsion d’affection fraternelle. Certes, je l’aime bien, ce gamin, et après tout, comment faire autrement ? Mais mon insouciance et mon irresponsabilité ne sont pas à l’abri de me rattraper chaque jour. Probablement qu’avec mon impudence, je ne passerais pas la quarantaine, ni la trentaine. Peut-être que demain, j’aurais envie d’en finir. Peut-être qu’hier, j’aurais pu mourir. Tout ça n’est du qu’au hasard. Pour Irina, je suis sincère, malgré tout, elle appréciait Helmut et Martha, et ne voulait pas partir, car elle avait pardonné, et laissait une nouvelle chance à nos parents. Chance qu’ils auraient peut-être saisi. Peut-être que notre vie aurait été bien différente, si je n’en avais pas fait qu’à ma tête. Mais malheureusement, ne plus être égoïste et lâche m’a déjà bien trop fait souffrir, aussi pourri que tout cela n’apparaisse.

« Bon, bref. J’vais faire un tour, si je sors pas à l’air libre, je vais encore gerber. »
« Mets une écharpe, il fait froid. »
« ….T’es sérieux, là? »
« Bah, quoi, c’est vrai, 15 cm de neige, depuis hier soir, il fait au moins… »
« J’ai saisi l’idée. Tu crois que j’avais oublié qu’il caillait, dans votre pays de merde, en hiver?! »
« Oh, et puis barres-toi, j’en ai marre de t’entendre gueuler dès le matin. »
« Merci, je préfère. »


***


J’ai marché longtemps, pris un truc à bouffer vers midi, et ait continué de marcher dans le centre ville. Je me suis arrêté dans un parc que je ne reconnais qu’à peine. J’ai téléphoné à Ludwig qui m’a réclamé, et lui ait expliqué que je serais à la maison demain soir. Il avait l’air content, et m’a raconté qu’il s’amusait bien avec Marilyn. J’ai du écourter pour des raisons budgétaires de surtaxe forfaitaires, mais je crois qu’entendre sa voix m’a un peu fait de bien. Enfin, ce doit être que depuis une heure, je n’ai plus l’impression de porter mon Archéodong sur ma tête.  Je suis au moins libéré de ça, mais à chaque fois que je regarde ma montre, je compte les heures qu’il me reste avant d’aller prendre mon avion, à 3h du matin. Je devrais repasser à la maison— chez les parents, pour chercher mes affaires, également. Je n’avais aucune envie de rester là bas car… J’en sais rien, en fait. Certainement par principe. Ce n’est pas en moins de 24h qu’on reprend des habitudes, mais on n’est jamais trop prudent. Et j’aimerais mieux éviter de penser aux questions qu’on soulevé mon entrevue avec Helmut tout à l’heure. Quoique mon cerveau est trop atrophié pour vraiment y réfléchir. M’enfin, tout ça est la preuve que cette histoire n’est pas terminée, et qu’il y aura toujours des choses à régler en retard. Je sens que même sans mon consentement, ils vont la verser, cette pension. Mais il faut bien dire que pour aider Ludwig, cela pourrait m’aider. Je pourrais également redevenir compétiteur, ce qui est déjà prévu pour l’année prochaine, si j’ai de la chance au jeu de la guerre et du hasard.

Voila un bon moment que je marche sans à peine regarder vers où je me rends, et que je travers le grand pont qui passe sur le Rhin. D’ici, on a toujours un sacré panorama sur la grande ville. Je n’avais plus l’habitude des agglomérations de cette superficie. Amanil a beau être une capitale étendue, on ne peut pas dire que je sois un citadin dans l’âme, malgré le fait d’avoir vécu dans un building plusieurs années. Et bons sang, que ça me semble loin.  Mon errance semble se terminer quand une silhouette brune que je ne connais que depuis hier, et que je ne pensais pas revoir, apparait en face de moi, sur le pont. Elle semble errer tout aussi mollement que moi, mais avec un air bien plus grave. La soirée d’hier m’est revenue en bonne partie, tout comme notre conversation. Ses mots re-sonnent très clairement dans mon esprit maintenant qu’elle s’approche. J’ai un mauvais pressentiment, alors qu’elle s’arrête en face de moi, et relève des yeux rougis vers mon visage. Oh, merde. Dites-moi que c’est vraiment un rêve vicieux que je fais là. Non ? Bon, bah, fallait bien que j’assume une connerie de ma soirée à boire comme un trou. Après un silence bien trop long pour ne pas me faire comprendre d’avance ce qu’elle va m’annoncer, Ludmilla finit par cracher le morceau, d’une voix morne et pleine de remords.

« Eh… Je l’ai fait. »


Merde. Putain. Chiotte. Je veux me barrer d’ici. Je ferme les yeux, grogne, et me masse l’arrête du nez. Ça y est, mon mal de crâne est de retour. Je ne sais pas quoi lui dire. J’ai envie de l’insulter et de lui mettre une rouste. Quelle débile. Dans quel délire est-elle partie ?

« … Bordel, est-ce que t’es complètement conne? »
« T’avais raison… C’était facile. Surtout après avoir bu pour me donner du courage… Ahah. J’suis conne, hein. »


Je pensais avoir été assez clair. Mais j’ai du l’encourager aussi, en quelque sorte. Je ne pensais pas qu’elle s’emmerdait à ce point. Quelque chose à voir avec la mort de sa Tante Alma, une pression familiale quelconque, peut-être ? La peur que sa vie ne change, avant qu’elle ne puisse la changer elle-même ? J’en sais rien… Je suis bien placé pour savoir que ce genre d’actes et avant tout irréfléchi et absurde. Qu’est-ce qui lui a fait croire que penser « devenir  comme moi » lui donnerait plus de choix, et la débarrasserait de son ennui ? Elle attend que je lui cause. De quoi ? Je n’ai rien à lui dire, à part que c’était la pire idée du monde. Et en même temps, que puis-je lui raconter, et comment aurais-je le culot de la juger sur sa connerie et sa lâcheté ?

« Tu vas péter un coup et retourner sagement chez ton papa, maintenant? J’ai aucune envie de causer avec toi de comment tu tranches des jugulaires. Je m’en tape. »
« Moi non plus. Je… Pourquoi c’était si simple? Pourquoi il ne s’est pas défendu…? C’est.. Pourquoi les gens meurent si facilement? »


Ah non, hein, je vais pas faire le psy d’une edgelord en puissance. Mais faut bien que je dise un truc. Même si c’est inutile, et que j’aurais oublié dans 24h, comme je ne la reverrais jamais. Donc, je vais simplement faire le vieux con arrogant de mauvaise foi. Parce que je dois aussi me protéger.

« Bienvenue dans la réalité. Et bienvenue dans le monde des lâches. »
« Pourquoi toi, tu continues de le faire?! Comment tu peux… Vivre de ça? Tu dois tellement… Tellement souffrir. »


Qu’elle se mêle de ses fesses. La compassion et la pitié n’ont rien à faire dans cette conversation ou juste la bêtise est à l’origine de tout ça.

« On parle pas de moi. Rentres chez toi, et oublies. Toute façon, t’as des thunes, ils t’auront jamais si tu te caches. »
« C’est injuste. T’es d’une suffisance… »
« C’est ça, la vie, ma grande. Tu t’en remettras. »
« M’en remettre… Et finir comme toi? »
« T’es pas obligée de t’engager dans cette route. Et pour la dernière fois, t’es pas moi, et tu seras jamais comme moi. Je vis dans un pays ou des gens tuent autant que moi chaque jour, et vivent pourtant heureux. C’est pas l’un qui empêche l’autre. »

Elle baisse les yeux, visiblement déçue. Mais de quoi ? Je n’ai pourtant pas cherché à lui mentir ou à me faire passer pour ce que je ne suis pas. Pourquoi a-t-elle l’air de tomber de si haut ? Peut-être que la mort de sa tante Alma a été ce qui l’a fait revenir à la réalité brusquement. Une réalité que les enfants de riche ne connaissent pas. J’en sais quelque chose. Nous sommes des êtres faibles protégés par de vaines illusions qui nous poursuivent toute notre vie. Le moindre petit grain de sel dans notre existence d’enfant gâté peut tout mettre à terre. Nous sommes de ridicules châteaux de cartes. Sa réaction a été démesurée, et naïve. Mais elle a disjoncté et voulait se rebeller. Se prouver des choses. Je comprends. Et en même temps, pas du tout.

« Mais toi… Tu m’avais l’air tellement génial. Mais en fait, t’es seul et.. Je suis vraiment une gamine débile. T’avais raison au moins là-dessus. »
« T’as juste été naïve, et tu t’es inventé des histoires car tu t’ennuyais. Le mal est fait, et ça s’arrête là. Je suis juste un lâche égocentrique, tu n’as rien à apprendre de moi. »
« Nagel, je… Je voulais juste… »


Je me sens vide, après-en. Que lui dire ? A quoi bon ? Aucune émotion ne me traverse au cœur de cette conversation qui ne fait émaner aucune chaleur ni froideur d’aucune espèce de moi. Pourtant, je fais un pas vers la gamine en train de sangloter sur sa propre bêtise. Elle s’en sortira. Ce n’est pas son monde. Il nous arrive de nous tromper. J’entour ses épaules de mes bras dans un geste plus machinal qu’autre chose. J’ignore d’où me vient cet élan. Mais si j’avais eu le « moi » de 15 ans devant moi, dans des circonstances pareilles, c’est peut-être ce que j’aurais fait, même si ça n’aurait rien changé. Je lui aurais pardonné. Je ne lui aurais pas fait la morale. Je l’aurais laissé partir sans rien dire, sans guider son chemin. Un chemin que Ludmilla ne prendra pas de toute manière.

« Rentres chez toi, Ludmilla. Ta famille a besoin de toi. »


***

Il est 21h, et je reviens à la demeure de mes parents. Je ne croise personne avant d’arriver dans le salon, ou se trouve Martha, occupée à lire. Il faut quelques secondes à la blonde pour me remarquer, et retirer ses lunettes. Elle prend quelques secondes pour me détailler. Après tout, cela fait un bout de temps qu’on ne s’est pas vus. Et notre dernière « conversation » remonte déjà à presque un an.

« Bonsoir. »

Fait-elle sobrement, avec une sorte d’hésitation étrange. C’est étrange, mais si Martha a toujours été bavarde avec son époux et les autres adultes, et moi le plus bavard de la famille, je n’ai pas souvenir que nous ayons eu beaucoup d’échanges long et intéressants. Peut-être parce que nous sommes pareils sur un point : nous sommes des instinctifs. Je lui réponds d’un « ‘Soir » machinal, avant de me diriger vers la bibliothèque, ou s’alignent des ouvrages. J’en ai déjà lu une grande partie, par le passé.

« Les plus récents sont sur au milieu de l’étagère de gauche. »

Oh. En effet. C’est ce que je cherchais. Je regarde les volumes en allemand que je n’ai pas lu, et en tire quelques uns de la bibliothèque, qui m’intéressent potentiellement.

« L’est pas là, l’autre? »
« Il fait la sieste. Les dernières 24h n’ont pas exactement été faciles à digérer. »
« Hm. Au fait. C’est vrai, que vous partez dans deux mois ? »
« …Oui. Il te l’a dit ? »


Je hoche la tête, alors que la blonde a levé le nez de son bouquin pour m’observer. Ce n’était pas un secret, pourtant. Enfin, je crois, si le gros me l’a dit.

« J’peux emprunter quelques bouquins? »
« Fais-voir. »


Elle me tendit la main, pour observer les ouvrages en question, certainement pour vérifier qu’ils les ont déjà lus et consommés suffisamment.

« C’est bon. Ton père ne les réclamera pas non plus, c’est un peu trop littéraire pour lui. »


Elle sourit nerveusement. Certainement a-t-elle voulu plaisanter. Ca n’a pas vraiment amélioré l’ambiance, vu le froid qui règne. Je n’ai jamais vraiment détesté Martha. Mais je l’ai jamais aimé non plus. Elle n’était pas présente, toujours acharnée à travailler jusqu’aux premières lueurs de l’aube. C’est presque une inconnue pour moi, finalement.

« Tu vas diner avec nous ? »
« Nan. Je vais chercher mes affaires et partir pour l’aéroport, là. »
« Bien. Tu veux que j’aille réveiller ton père ? »
« Laisses-le donc dormir. »


C’est probablement ma présence qui a rendu tout ça éprouvant pour lui. Enfin, c’est ce que je crois, car être ici m’a encore plus achevé que le voyage en lui-même, pour le coup. Sans en dire plus, je me dirige vers ma chambre où étaient conservées mes affaires, puis j’entreprend de re-descendre au rez-de-chaussée. Martha m’attend pourtant dans l’encadrement de la porte. Elle est impassible et illisible, comme d’habitude. On ne peut pas dire que nos conversations ne parviennent jamais à être passionnantes. C’est peut-être mieux ainsi.

« Salut. »
« A la prochaine. »
« Alexander ? »


La voix de mon paternel  me parvient depuis le haut de l’escalier. Il bâille à s’en décrocher la mâchoire et m’adresse un signe de main awkward.

« Heum.. Fais bonne route. »

Je leur jette un dernier regard, puis passe finalement la porte. Retournons à Enola, à Ludwig, et à la réalité, maintenant.
Avec sisi la famille.
C'est quand même beaucoup moins bien que le film avec Bill Murray.

____________________________________________

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